Pour Julien Bony, Saint-Jacques n’est pas un quartier comme les autres. Pendant la campagne municipale, le futur maire de Clermont-Ferrand se présentait comme un habitant du secteur et faisait de cet ancrage un élément important de son parcours. Son profil public mentionne également une présidence de l’Association pour le renouveau de Saint-Jacques depuis septembre 2014 ; plusieurs de ses publications antérieures le montrent menant des actions sous la bannière d’« Ensemble pour le renouveau de Saint-Jacques ».
Depuis mars 2026, la situation politique a complètement changé. Celui qui pouvait auparavant interpeller la municipalité sur l’avenir de son quartier est aujourd’hui à la tête de la Ville. Il est également premier vice-président de Clermont Auvergne Métropole, institution qui porte une grande partie du renouvellement urbain de Saint-Jacques.
Cette nouvelle position rend le quartier particulièrement intéressant à suivre pendant le mandat : les habitants pourront désormais comparer la connaissance du terrain revendiquée par Julien Bony avec les transformations effectivement réalisées.
Dire que Saint-Jacques attend toujours entièrement sa transformation serait pourtant faux.
Depuis le 4 juillet 2026, les habitants peuvent profiter de la première partie du parc de la Muraille, installé à l’emplacement de l’ancienne « Muraille de Chine », déconstruite en 2023. Cette première tranche représente 2,2 hectares, avec 488 arbres plantés, une aire de jeux de 412 m², deux amphithéâtres extérieurs et des espaces consacrés au sport, à la promenade et aux loisirs.
Le site a même servi tout l’été de nouveau point d’animation du quartier avec le « Spot de l’été », ouvert quotidiennement jusqu’au 29 août. Un mur d’eau et un miroir d’eau doivent compléter les installations à l’automne.
L’opération est importante symboliquement : pendant des décennies, l’immense barre de logements de la Muraille de Chine constituait l’un des éléments les plus reconnaissables de Saint-Jacques. Le projet vise aujourd’hui à remplacer cette coupure urbaine par un espace permettant de mieux relier le plateau au centre de Clermont-Ferrand.
Mais le parc inauguré cet été n’est encore qu’une première moitié. Une deuxième phase doit porter sa superficie à 4,5 hectares en 2028, avec notamment une liaison en pente douce vers le centre-ville. Les accès situés au nord restent d’ailleurs fermés en attendant cette nouvelle étape.
Politiquement, la chronologie est essentielle.
Le parc de la Muraille et le vaste programme de renouvellement de Saint-Jacques n’ont pas été décidés après l’élection de Julien Bony. Ils résultent du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain, préparé depuis plusieurs années par Clermont Auvergne Métropole et la Ville, avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine et d’autres partenaires.
La transformation du quartier avait commencé bien avant 2026. Saint-Jacques Sud avait déjà bénéficié d’un premier programme de rénovation à partir des années 2000. Le programme actuel porte surtout sur le nord du quartier et doit continuer jusqu’en 2030.
La nouvelle majorité ne peut donc raisonnablement s’attribuer l’ouverture du parc comme un projet conçu depuis son arrivée. En revanche, elle va désormais devoir assurer la poursuite du programme, arbitrer les prochaines opérations et éventuellement imprimer sa propre méthode.
C’est précisément sur cette deuxième partie du chantier que le bilan de Julien Bony pourra être établi.
Car Saint-Jacques ne se résume pas au parc.
Le programme officiel prévoit aujourd’hui environ 260 nouveaux logements, la réhabilitation ou restructuration de 327 logements existants, ainsi que la démolition et la reconstruction à l’échelle métropolitaine de centaines de logements concernés notamment par la Muraille de Chine, l’Allée des Dômes et l’îlot Winston-Churchill.
Les équipements publics doivent eux aussi évoluer. Sont programmés l’extension du gymnase Louis-Thévenet, des aménagements au groupe scolaire Jean-Jaurès, la réhabilitation de la crèche Saint-Jacques et la modernisation d’autres équipements de proximité. Le projet prévoit également de nouveaux commerces et services ainsi qu’une transformation des espaces publics et des mobilités.
L’enveloppe actuelle affichée par Clermont Auvergne Métropole atteint 68,85 millions d’euros d’investissements prévisionnels pour douze opérations conventionnées, dont 29,85 millions d’euros de subventions de l’ANRU et 2,04 millions de prêts bonifiés d’Action Logement.
À ce stade, le quartier est donc davantage au milieu de sa transformation qu’à son terme.
L’ambition officielle va au-delà de la construction.
Le projet Saint-Jacques 2030 doit notamment « ouvrir » davantage le quartier sur Clermont-Ferrand, développer de nouveaux usages dans le secteur Dunant-Pourrat, animer le boulevard Claude-Bernard et désenclaver l’îlot Winston-Churchill. De nouvelles activités commerciales, artisanales et de services sont également prévues.
Ces objectifs seront peut-être plus difficiles à atteindre que la livraison d’un parc.
Créer des logements ou rénover un équipement se mesure par une date de chantier. Faire revenir des commerces, améliorer la tranquillité quotidienne, rendre un secteur plus attractif et mieux connecter ses habitants au reste de Clermont suppose des résultats plus diffus et plus longs à observer.
Sur ce point, Julien Bony sera particulièrement attendu. Pendant la campagne, il mettait en avant son expérience quotidienne de Saint-Jacques et sa connaissance des préoccupations du quartier. Il a également fait de la sécurité l’un des axes majeurs de son programme municipal.
Son rôle métropolitain lui donne désormais une responsabilité supplémentaire puisqu’il est délégué à la tranquillité publique et à la sécurité au sein de Clermont Auvergne Métropole.
C’est finalement ce qui rend Saint-Jacques différent des autres dossiers du nouveau mandat.
Pendant des années, Julien Bony pouvait défendre le quartier depuis le monde associatif ou depuis les bancs de l’opposition municipale. Aujourd’hui, il dispose directement d’une partie des leviers politiques permettant d’agir sur son avenir.
Il devra toutefois composer avec un programme déjà largement défini, des financements contractualisés et un calendrier métropolitain courant jusqu’en 2030. Le « renouveau de Saint-Jacques » ne sera donc pas uniquement celui du nouveau maire : une grande partie du projet a été préparée sous les mandats précédents et avec l’État, l’ANRU, les bailleurs et les habitants.
La question du mandat sera plutôt de savoir ce que Julien Bony fera de cet héritage : respect du calendrier, poursuite des équipements, arrivée effective de nouveaux logements et commerces, sécurité, entretien du nouveau parc et maintien de la concertation avec les habitants.
Cette dernière continue d’ailleurs à la Maison du Projet, où une permanence consacrée au renouvellement urbain de Saint-Jacques est organisée le jeudi après-midi, de 14 heures à 17 heures, ainsi que sur rendez-vous.
Le premier rendez-vous concret est désormais fixé à 2028, lorsque la seconde phase du parc de la Muraille doit porter l’espace vert de 2,2 à 4,5 hectares. Puis viendra 2030, horizon annoncé pour la transformation globale du quartier. D’ici là, Saint-Jacques fournira probablement l’un des tests les plus personnels du mandat de Julien Bony : celui du quartier dont il réclamait depuis longtemps le renouveau et dont il doit désormais, comme maire, accompagner directement la réalisation.

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