Pour un premier match de championnat, Clermont a déjà parcouru presque toute la gamme des émotions. Dominée, distancée, revenue une première fois, de nouveau larguée puis à deux doigts de renverser le LOU, l’équipe de Christophe Urios repart de Gerland avec un point et beaucoup de matière à analyser.
Le résultat est une défaite, la première de la saison. Mais après avoir compté 27 points de retard à la 54e minute, l’ASM peut aussi considérer le bonus défensif comme un point sauvé. Le plus important sera désormais de comprendre pourquoi elle a eu besoin d’attendre le dernier quart du match pour jouer avec l’intensité qui lui a permis de faire vaciller Lyon.
Le principal avertissement est évident. L’ASM a manqué le début des deux périodes.
Gabin Lorre a d’abord puni la défense clermontoise dès la 4e minute, avant de marquer une deuxième fois au terme d’un mouvement lyonnais parfaitement exécuté. Une pénalité de Léo Berdeu a ensuite porté le score à 20-0 après 25 minutes, alors que Thibaud Lanen avait été sanctionné d’un carton jaune.
Ce départ est d’autant plus frustrant que Clermont avait beaucoup le ballon. Après une demi-heure, Rugbyrama relevait 72 % de possession et 64 % de domination territoriale pour l’ASM. Mais dans les zones décisives, les Auvergnats perdaient des ballons tandis que Lyon convertissait presque chacune de ses incursions.
Le scénario s’est répété après la pause. Une pénalité dès la reprise, puis les essais de Beka Shvangiradze et Ethan Dumortier ont fait passer le score de 20-10 à 37-10 en seulement quatorze minutes.
Christophe Urios n’a d’ailleurs pas cherché d’excuse après la rencontre. Le manager a estimé que son équipe avait été battue sur ses deux entames de période et avait perdu la ligne d’avantage pendant environ une heure.
La première bonne nouvelle vient de l’autre côté du terrain. Malgré ses difficultés, Clermont a inscrit cinq essais, soit un de plus que Lyon.
Alivereti Loaloa a d’abord débloqué le compteur avant la pause. Puis, lorsque le banc clermontois est entré en action, la rencontre a complètement changé de visage. Kévin Noah a marqué deux fois, Harry Plummer a attaqué la ligne pour inscrire son propre essai et AJ Lam a conclu après la sirène.
Cette capacité à marquer n’est pas anodine. Clermont a terminé avec 54 % de possession, 62 % d’occupation et davantage de présence dans les 22 mètres adverses que le LOU. Les Auvergnats ont aussi parcouru beaucoup de terrain, Kylan Hamdaoui terminant notamment avec 143 mètres ballon en main selon les statistiques officielles.
Le potentiel offensif existe donc. Le défi sera désormais de produire cette efficacité pendant 80 minutes plutôt qu’au moment où la rencontre semble déjà perdue.
C’est probablement l’enseignement le plus positif de la soirée.
À partir de la 55e minute, Christophe Urios a largement renouvelé son équipe. Fourcade, Ratuva, Noah, Germain, Lam ou encore Montagne ont apporté davantage de puissance dans les collisions et permis à Clermont de reprendre le contrôle de la ligne d’avantage.
Kévin Noah a immédiatement pesé dans le jeu d’avants avec son doublé. AJ Lam, lui, a montré pourquoi son profil physique avait été recherché pendant le recrutement. Entré en cours de seconde période, le centre néo-zélandais a participé à l’essai de Plummer avant d’inscrire lui-même celui du bonus après la sirène.
Baptiste Jauneau a d’ailleurs insisté après la rencontre sur l’apport de l’ensemble des remplaçants. Le capitaine clermontois estime que leurs entrées ont permis à l’équipe de retrouver de l’avancée et de mettre enfin son jeu en place.
Pour une saison longue, disposer d’un banc capable de renverser ainsi une dynamique constitue une vraie bonne nouvelle.
Encaisser 40 points et quatre essais dès la première journée interpelle forcément. Mais le problème clermontois ne se résume pas à une accumulation de plaquages manqués.
Les statistiques officielles comptabilisent 18 plaquages manqués pour l’ASM contre 20 pour Lyon. La différence s’est davantage faite dans la capacité lyonnaise à jouer debout, franchir la ligne d’avantage et accélérer après les contacts.
Baptiste Jauneau l’a reconnu après le match : Clermont a souffert dans le jeu au sol et a été pris de vitesse par la circulation lyonnaise. Cette difficulté a particulièrement éclaté sur les deux essais de Gabin Lorre et sur celui de Shvangiradze, créé après une percée du même arrière lyonnais.
Avant de recevoir le Stade Français, le chantier défensif semble donc moins relever d’une refonte complète que d’un besoin de retrouver plus rapidement agressivité, connexion et maîtrise de la ligne d’avantage.
À 37-10, revenir avec quelque chose de Gerland semblait presque impossible. Pourtant, l’ASM a inscrit 26 points dans les vingt dernières minutes et l’essai d’AJ Lam, transformé après la sirène, lui a finalement offert le bonus défensif.
Ce point peut compter au printemps. Clermont en sait quelque chose après avoir manqué les phases finales pour une marge minime la saison dernière.
Mais Christophe Urios a immédiatement refusé de présenter ce bonus comme une satisfaction suffisante. L’objectif était de gagner à Lyon. Au vu des soixante premières minutes, le manager considère d’ailleurs la victoire du LOU comme logique.
C’est probablement la bonne lecture de ce 40-36 : Clermont a montré qu’il possède les armes pour faire très mal, mais aussi qu’il ne pourra pas continuer à offrir vingt ou trente points avant de commencer réellement ses matchs.
L’ASM aura moins d’une semaine pour corriger ces défauts. Le premier rendez-vous à domicile est programmé samedi 12 septembre à 16 h 35 contre le Stade Français, au stade Marcel-Michelin.
L’enjeu sera double. Clermont devra confirmer devant son public que son spectaculaire dernier quart d’heure à Lyon n’était pas simplement une réaction d’orgueil, tout en évitant de reproduire les passages à vide qui ont rendu sa remontée nécessaire.
Après cette première journée, le constat est donc contrasté mais assez clair : l’ASM dispose d’une attaque capable de marquer cinq essais à l’extérieur et d’un banc qui peut modifier profondément un match. En revanche, elle doit encore apprendre à entrer immédiatement dans ses rencontres.
Samedi prochain au Michelin, c’est probablement là que se trouvera le premier véritable progrès attendu.

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