La demande est partie des hauteurs de Chanturgue, mais le problème dépasse largement ce quartier clermontois. Après un été marqué par une forte présence du moustique tigre, l’association Les Amis de Chanturgue a lancé une pétition demandant au maire de Clermont-Ferrand d’étudier une expérimentation de la technique de l’insecte stérile, ou TIS. Le texte a déjà recueilli plusieurs centaines de signatures selon Le Parisien.
L’idée peut sembler paradoxale : lutter contre les moustiques en relâchant… encore davantage de moustiques. Le dispositif repose pourtant sur un principe biologique précis, déjà testé scientifiquement et désormais expérimenté à plus grande échelle dans plusieurs collectivités françaises.
Comment fonctionne le lâcher de moustiques mâles stériles ?
La technique consiste à élever de grandes quantités de moustiques tigres mâles, puis à les rendre stériles, notamment par irradiation. Ils sont ensuite relâchés dans une zone où l’espèce est déjà installée.
Contrairement aux femelles, les mâles ne piquent pas. Lorsqu’un mâle stérile s’accouple avec une femelle sauvage, les œufs issus de cet accouplement ne donnent pas naissance à une nouvelle génération. Pour obtenir un effet réel, il faut toutefois que les mâles stériles soient beaucoup plus nombreux que les mâles sauvages et répéter les lâchers pendant plusieurs mois.
À La Réunion, une expérimentation conduite par l’Institut de recherche pour le développement a obtenu une réduction de 50 à 60 % de la fertilité des populations de moustiques tigres dans la zone étudiée après des lâchers réguliers. Les chercheurs soulignent néanmoins que la méthode n’a pas vocation à éradiquer totalement l’espèce.
Oui, la méthode pourrait techniquement être testée à Clermont
La proposition des habitants de Chanturgue n’est donc pas irréaliste. En 2026, plusieurs collectivités françaises ont commencé à utiliser la TIS sur le terrain, notamment Mions et La Verpillière en Auvergne-Rhône-Alpes, mais aussi Montpellier, Toulouse, Brive-la-Gaillarde ou Sainte-Eulalie.
L’exemple de Mions, dans la métropole de Lyon, est particulièrement intéressant pour Clermont. La commune a engagé cette année un programme sur plusieurs années avec des lâchers réguliers et un suivi scientifique de la population de moustiques. La méthode n’y est pas utilisée seule : elle complète les pièges, la suppression des gîtes larvaires et les actions menées auprès des habitants.
Une expérimentation clermontoise supposerait donc d’abord de choisir un périmètre précis, par exemple un ou plusieurs quartiers, d'évaluer la densité de moustiques présente, de définir le nombre de mâles à relâcher et d’organiser un suivi permettant de mesurer les résultats.
Il ne suffirait pas de réaliser un lâcher ponctuel au début de l’été.
Pourquoi Clermont est particulièrement concernée
Le moustique tigre n’est plus une présence occasionnelle dans le Puy-de-Dôme. L’espèce est considérée comme implantée dans le département depuis 2018 et s’est depuis largement diffusée dans l’agglomération clermontoise.
La Ville de Clermont-Ferrand consacre d’ailleurs déjà des actions de prévention à ce sujet. Elle rappelle que le moustique tigre se déplace généralement dans un rayon limité autour de son lieu de naissance et se reproduit dans de très petites quantités d’eau : coupelles de pots de fleurs, seaux, récupérateurs d’eau, bâches, jouets laissés à l’extérieur ou gouttières mal entretenues.
La lutte contre le moustique tigre apparaît également dans le Contrat local de santé 2025-2030 de Clermont-Ferrand. Une action consacrée au sujet a déjà été suivie par l’Observatoire citoyen des transitions.
La pétition arrive donc dans un contexte où le sujet est déjà identifié par les pouvoirs publics, mais où une partie des habitants estime que les mesures actuelles ne suffisent plus.
Pourquoi ne pas simplement démoustiquer toute la ville ?
Les traitements insecticides peuvent donner l’impression d’une réponse plus immédiate. Ils sont cependant utilisés avec précaution.
À Clermont-Ferrand, la Ville précise que l’Agence régionale de santé déclenche des opérations de démoustication lorsqu’un risque sanitaire l’exige, notamment pour éviter la transmission locale de maladies comme la dengue, le chikungunya ou le Zika. Ces traitements agissent essentiellement sur les moustiques adultes présents au moment de l’intervention et non sur l’ensemble des œufs et larves déjà installés.
La technique de l’insecte stérile poursuit une logique différente : réduire progressivement la capacité de reproduction d’une espèce bien précise sans procéder à une pulvérisation généralisée d’insecticides.
Elle reste néanmoins exigeante. Les essais conduits par l’IRD ont nécessité des lâchers hebdomadaires de milliers de mâles par hectare, associés à des pièges permettant de mesurer la densité des populations et l’efficacité du dispositif.
Les habitants devront continuer à supprimer l’eau stagnante
Même avec des moustiques stériles, les gestes pratiqués dans les jardins, balcons et cours resteraient indispensables.
Le moustique tigre se déplace peu. Une coupelle remplie d’eau ou un récupérateur mal fermé peut donc suffire à produire des dizaines de moustiques à quelques mètres d’une habitation. La TIS est conçue comme un outil complémentaire, et non comme une méthode permettant aux particuliers d’abandonner toute prévention.
C’est probablement là que se situe la véritable question posée à la municipalité. Clermont-Ferrand dispose désormais d’exemples français suffisamment proches pour pouvoir étudier la faisabilité d’une expérimentation. Mais il faudrait déterminer son coût, choisir un territoire pilote, mesurer précisément la population de moustiques et inscrire les lâchers dans la durée.
La pétition ne demande d’ailleurs pas de généraliser immédiatement les moustiques stériles à toute la ville. Elle réclame d’abord que Clermont-Ferrand étudie concrètement cette possibilité. Après un été 2026 où la nuisance s’est invitée jusque sur les terrasses et dans les jardins de nombreux habitants, le sujet pourrait bien revenir dans les décisions préparant l’été prochain.
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