Dans son article du 12 septembre 2026, RVA raconte que les policiers ont retrouvé le jeune homme à l’endroit où ils lui avaient notifié l’interdiction quelques heures auparavant. Le document aurait été jeté dans une poubelle d’un hall de la rue du Colombier. La radio indique également une comparution immédiate le vendredi 11 septembre, sans préciser la décision rendue par le tribunal.
Dans ce cas, la notification n’a manifestement pas suffi à empêcher le retour sur les lieux. Mais une infraction constatée ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’échec de toutes les interdictions : elle montre aussi comment leur non-respect peut déboucher sur une procédure judiciaire.
Un pouvoir préfectoral créé en juin 2025
L’interdiction administrative de paraître liée au trafic de stupéfiants a été créée par la loi du 13 juin 2025. Elle permet au préfet, après information du procureur de la République, d’interdire certains lieux à une personne participant aux activités concernées.
Son périmètre est encadré. Le texte vise les troubles provoqués par l’occupation collective et répétée d’une portion de rue, d’un équipement collectif ou des parties communes d’un immeuble, en lien avec un trafic. Il ne permet donc pas d’interdire indistinctement un quartier à toute personne qui le fréquente.
Il s’agit d’une mesure de police administrative destinée à prévenir des troubles à l’ordre public, comme l’a rappelé le Conseil d’État en octobre 2025. Elle peut être contestée devant le juge administratif et ne constitue pas, en elle-même, une condamnation pénale pour trafic de stupéfiants.
Depuis août 2026, une nouvelle interdiction peut durer trois mois
La durée maximale ordinaire reste d’un mois. Depuis le 20 août 2026, elle peut toutefois atteindre trois mois lorsqu’une personne a déjà fait l’objet d’une interdiction au cours de l’année et que les conditions légales sont de nouveau réunies. Cette possibilité résulte de la loi du 18 août 2026.
La décision doit être écrite, motivée et tenir compte de la vie familiale et professionnelle de l’intéressé. Son domicile doit rester hors du périmètre interdit. La personne concernée doit également pouvoir présenter ses observations à la préfecture dans les cinq jours suivant la notification.
Le retour sur les lieux peut entraîner des poursuites
Le non-respect de l’arrêté constitue une infraction distincte, passible de six mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Ce sont les peines maximales prévues par la loi : leur prononcé n’est pas automatique et relève du tribunal.
L’intérêt opérationnel du dispositif apparaît ici : une violation de l’interdiction peut donner lieu à des poursuites sans se confondre avec une nouvelle affaire de vente de stupéfiants. Son application suppose cependant de constater cette violation. À La Gauthière, le nouveau passage des policiers a précisément permis de repérer le retour du jeune homme.
Dans le Puy-de-Dôme, 43 mesures recensées en 2025
Le bilan préfectoral de sécurité pour 2025 fait état de 43 interdictions administratives de paraître dans le Puy-de-Dôme. Ce total concerne l’ensemble du département et cette année précise ; il ne correspond pas au nombre de mesures actuellement en vigueur à Clermont-Ferrand.
Selon ce même bilan, les violations constatées ont systématiquement donné lieu à des poursuites du procureur de la République, suivies de condamnations. Les autorités présentent ainsi le dispositif comme un outil effectivement utilisé, avec des suites judiciaires lorsqu’il n’est pas respecté.
Ces chiffres renseignent néanmoins davantage sur l’activité administrative et judiciaire que sur le recul du trafic. Pour apprécier l’efficacité durable des arrêtés, il faudrait aussi connaître la proportion de mesures respectées, l’évolution de l’activité sur les lieux concernés et la situation après leur expiration.
Pour les habitants, le résultat se mesure dans la durée
À Clermont-Ferrand, la sécurité figure parmi les priorités affichées par la municipalité et les premiers dossiers de son mandat. L’interdiction de paraître engage une responsabilité précise de l’État : la préfecture décide de la mesure, les forces de l’ordre en contrôlent le respect et la justice traite les infractions.
L’analyse de son efficacité doit donc dépasser le nombre d’arrêtés signés. Une personne éloignée peut-elle être remplacée ? L’activité disparaît-elle ou se déplace-t-elle ? Les habitants retrouvent-ils durablement un accès paisible à leur hall et à leur rue ? Ce sont des points à vérifier, sans présumer que ces déplacements ou remplacements se produisent dans chaque cas.
Le parquet souligne d’ailleurs, dans le bilan départemental, la nécessité de poursuivre les acteurs présents sur les points de deal tout en menant des investigations contre les responsables des organisations criminelles. L’éloignement administratif peut soutenir cette action. Son effet sur un réseau doit être évalué avec les résultats des enquêtes et l’évolution concrète des quartiers concernés.

