Le changement se joue d’abord dans le marquage au sol. Une chaussée à voie centrale banalisée, son nom technique, comporte un espace central partagé par les deux sens de circulation automobile et deux bandes latérales empruntées par les cyclistes. Lorsque deux véhicules se croisent, ils utilisent ponctuellement les côtés de la chaussée : le fonctionnement repose donc sur l’adaptation des conducteurs aux autres usagers.
Trois routes pour rejoindre un collège, une école et un itinéraire vélo
À Aigueperse, l’aménagement concerne la RD 51, entre Montpensier et les abords du collège Diderot. La commune avait annoncé le début des travaux de marquage pour le 20 août 2026, avant la pose des panneaux de signalisation. L’objectif affiché est de faciliter les déplacements dans un secteur fréquenté par les élèves, où la question du vélo rejoint celle de l’autonomie des collégiens dans leurs trajets quotidiens.
À Loubeyrat, le chaussidou est installé sur la RD 16, entre Les Palennes et le secteur de l’école et des équipements sportifs. La commune explique que cette liaison s’inscrit dans son Programme d’aménagement durable, achevé en 2025. Sa réalisation résulte d’échanges avec les services départementaux, compétents sur cet axe : le projet communal de mobilité trouve ainsi sa traduction sur une route gérée par le Département.
À Saint-Genès-Champanelle, la section se situe sur la RD 5, entre Pardon et le carrefour de Randanne. Elle appartient au tracé de l’Échappée volcanique, l’itinéraire cyclable qui relie Volvic à Aydat à travers la Chaîne des Puys. Pour les cyclistes de l’agglomération clermontoise qui fréquentent ce secteur, l’aménagement concerne donc aussi la continuité d’un parcours de loisirs.
Au volant, le croisement impose de changer ses habitudes
Quand la voie est libre, voitures et motos empruntent l’espace central. Celui-ci est trop étroit pour que deux véhicules puissent s’y croiser : chacun doit alors se déporter sur la bande latérale située à sa droite. Ces bandes restent donc accessibles aux véhicules motorisés dans cette situation, ce qui les distingue d’un espace cyclable séparé de la circulation.
Si un cycliste se trouve devant lui au moment du croisement, le conducteur doit patienter derrière avant de dépasser, conformément aux consignes publiées par le Département. En cas de visibilité réduite, celui-ci demande également de ralentir et de se tenir à droite. La disponibilité de l’espace latéral doit ainsi être vérifiée avant toute manœuvre.
Répartir autrement une largeur de route limitée
L’intérêt de cette formule tient à son principe : modifier l’organisation de la chaussée existante pour y rendre la présence des vélos plus visible. Les travaux du Cerema décrivent un dispositif fondé sur le marquage et la signalisation, qui peut répondre à certaines contraintes de largeur. Son implantation doit néanmoins tenir compte du trafic, des vitesses, de la visibilité et de la longueur de la section concernée.
L’arbitrage politique porte donc sur les conditions de cohabitation. En maintenant une route ouverte dans les deux sens tout en matérialisant des espaces latéraux, la collectivité demande aux automobilistes d’adapter leur trajectoire et leur allure. L’efficacité de l’aménagement dépend en partie de cette compréhension du partage de la chaussée.
Cette question rejoint celle soulevée à Clermont-Ferrand par la réouverture de la rue de l’Oradou aux voitures et les inquiétudes sur la sécurité des cyclistes. Les configurations diffèrent, mais elles interrogent toutes deux la place accordée à chaque mode de déplacement et les conditions permettant leur cohabitation.
Une solution dont les résultats doivent être appréciés sur chaque site
Le Cerema considère la chaussée à voie centrale banalisée comme un aménagement de compromis, à examiner après les autres possibilités : pistes ou bandes cyclables, voies vertes, zones 30 et zones de rencontre. Ses évaluations ont relevé une amélioration du sentiment de sécurité chez les cyclistes interrogés, mais aussi une compréhension parfois incomplète du dispositif par les automobilistes. Elles soulignent donc l’importance de l’information des usagers.
Dans le Puy-de-Dôme, le Département invoque une baisse du nombre d’accidents depuis l’expérimentation menée sur la RD 455 à Châtel-Guyon. Sa présentation du 8 septembre ne fournit toutefois ni chiffres ni période de comparaison permettant d’en mesurer l’ampleur.
Pour apprécier les trois nouveaux aménagements, les critères utiles seront les vitesses pratiquées, les conditions de croisement et de dépassement, ainsi que le ressenti des cyclistes. Aux abords du collège Diderot et de l’école de Loubeyrat, l’observation des trajets scolaires permettra notamment d’évaluer si la nouvelle organisation répond aux usages qui ont motivé sa création.

