Comment refaire du centre-ville de Clermont-Ferrand une destination où l’on vient faire ses achats, déjeuner, boire un verre ou simplement flâner ? La question a largement dépassé le seul cercle des commerçants pendant la campagne municipale de 2026. Accessibilité, stationnement, sécurité, propreté et attractivité ont nourri les débats, après plusieurs années marquées notamment par les travaux du projet InspiRe et la transformation des circulations.
Le sujet est loin d’être anecdotique. Un recensement réalisé par Codata en février 2025 comptabilisait 945 emplacements commerciaux dans le centre-ville, dont 829 occupés par un commerce. Le taux de vacance commerciale atteignait alors 10,3 %, contre 9,5 % un an auparavant et 6,8 % en 2023. Autrement dit, le nombre de vitrines vides continuait de progresser, même si de nouvelles enseignes s’installaient parallèlement.
À l’automne 2025, la Fédération Clermont Commerce évoquait elle-même un « contexte économique difficile pour le commerce de centre-ville » après les longs travaux clermontois. Son président actuel, Julien Vialette, défend depuis plusieurs années un équilibre entre transformation urbaine et accessibilité des commerces.
Cinq mois après l’élection de Julien Bony, plusieurs décisions sont désormais visibles. Reste une question essentielle pour les professionnels : lesquelles sont réellement susceptibles de remettre des clients devant leurs vitrines ?
Les 30 minutes gratuites : la première mesure directement visible
C’était l’une des promesses les plus facilement identifiables du programme de Julien Bony : rendre gratuites les 30 premières minutes de stationnement. La mesure est entrée en vigueur le 1er juillet 2026 sur les zones de stationnement payant de Clermont-Ferrand, dans la limite d’une utilisation par jour et par véhicule.
Pour bénéficier d’une gratuité totale, l’automobiliste doit passer par l’application PayByPhone. Les 530 horodateurs restent utilisables, mais ils imposent actuellement un paiement minimum de 50 centimes, même pour profiter des trente premières minutes. Leur remplacement progressif est prévu.
L’objectif affiché par la municipalité est clairement commercial. Julien Bony expliquait au moment de la mise en place du dispositif vouloir permettre aux habitants de « stationner facilement en ville pour faire ses courses ».
Sur le papier, le mécanisme répond à une attente largement exprimée par le secteur. Dans une enquête OpinionWay réalisée pour CCI France avant les municipales de 2026 auprès de 605 dirigeants de petites entreprises du commerce, de l’hébergement et de la restauration, 44 % citaient le stationnement parmi leurs priorités pour le prochain mandat, devant la sécurité, citée par 37 %. Ces résultats sont nationaux et ne constituent donc pas un sondage des seuls commerçants clermontois, mais ils illustrent une préoccupation très présente dans les centres-villes.
La fédération Clermont Commerce propose déjà, de son côté, une opération permettant à certains commerçants d’offrir à leurs clients une heure dans des parkings partenaires. Elle recense également environ 330 arrêts-minute à Clermont-Ferrand et quelque 8 300 places de stationnement de surface.
La vraie mesure du succès des 30 minutes gratuites sera cependant ailleurs : dans la fréquentation des rues commerçantes et, surtout, dans le chiffre d’affaires des boutiques. À ce stade, aucune donnée publique consolidée ne permet encore de dire si la mesure, en vigueur depuis moins de deux mois, a déjà modifié les habitudes d’achat.
La circulation commence à changer, mais la ZTL est toujours là
L’autre grand sujet est celui de l’accès au centre.
Pendant la campagne, Julien Bony avait promis d’assouplir le plan de circulation, de rouvrir plusieurs axes et de supprimer la zone à trafic limité, tout en conservant une partie semi-piétonne dans l’hypercentre. Son programme citait notamment les avenues Carnot, Bergougnan et de la Libération ainsi que la rue de l’Oradou.
Une première phase a effectivement commencé le 9 juin. Des portions des avenues Raymond-Bergougnan, Carnot et de la Libération ont été rouvertes à la circulation automobile. La Ville présente ces modifications comme un moyen de rendre certains itinéraires plus directs, y compris pour les commerçants et leurs clients.
Depuis le 21 août, une deuxième phase concerne la rue de l’Oradou. La circulation y est de nouveau autorisée sur de nouvelles portions, quelques semaines après les premiers ajustements effectués en juin.
En revanche, la promesse de suppression de la zone à trafic limité du centre-ville n’est pas, à ce jour, pleinement concrétisée. La Ville présente toujours officiellement la ZTL comme étant en vigueur entre les secteurs de Blatin, Ballainvilliers, Jaude, Desaix, Maréchal-Joffre et Carnot, avec des règles d’autorisation pour y circuler.
Le dossier reste sensible. Lorsque la ZTL avait été instaurée en 2025, la CCI du Puy-de-Dôme avait elle-même souligné les inquiétudes et les démarches supplémentaires qu’elle pouvait provoquer pour certaines entreprises. Julien Vialette, président de Clermont Commerce, rappelait alors que le dispositif ne devait pas être interprété comme une fermeture du centre-ville.
Pour les commerces, la question n’est d’ailleurs pas uniquement de savoir combien de voitures peuvent entrer dans l’hypercentre. Elle est de rendre le parcours du client suffisamment simple : comprendre comment venir, trouver une place ou un parking, rejoindre rapidement les rues commerçantes puis pouvoir en repartir facilement.
La sécurité fait aussi partie de l’équation commerciale
Faire revenir les clients suppose également qu’ils aient envie de rester.
La sécurité a été l’un des thèmes centraux de la campagne municipale. Depuis l’élection, la nouvelle majorité a annoncé une forte augmentation des effectifs de police municipale. Une campagne de recrutement de 16 policiers municipaux est actuellement ouverte et la Ville affiche l’objectif de doubler ses effectifs d’ici 2032, parallèlement au développement de la vidéoprotection et à l’armement annoncé d’une partie des agents.
Pour le centre-ville, une présence spécifique existait cependant déjà avant le changement de majorité. Créée en 2022, la Brigade de soirée et de proximité intervient particulièrement dans l’hypercentre, notamment autour des bars, restaurants et établissements de nuit. Ses missions comprennent des contacts réguliers avec les commerçants et la prévention des violences et nuisances.
Depuis le printemps 2026, plusieurs mesures supplémentaires ont été prises dans des secteurs comme Fontgiève, Gaillard, Sainte-Claire ou l’avenue Charras, avec des restrictions concernant les regroupements, la consommation d’alcool ou encore les horaires de certaines épiceries de nuit.
Là encore, l’effet économique sera plus difficile à mesurer que l’entrée en vigueur d’un arrêté. Une présence policière renforcée peut contribuer au sentiment de sécurité des clients et des professionnels, mais elle ne remplit pas à elle seule les cellules commerciales vides.
Le vrai défi : donner une raison de venir en centre-ville
C’est probablement là que commence la partie la plus complexe du chantier.
Dans son programme, Julien Bony promettait une amélioration de la propreté, de la sécurité et de l’accessibilité du centre-ville, mais également une politique permettant d’attirer de nouveaux commerces. Ces engagements viennent désormais se confronter à un problème plus structurel : l’évolution des habitudes de consommation, la concurrence du commerce en ligne et celle des grandes zones commerciales périphériques.
Clermont-Ferrand compte pourtant une offre commerciale importante. Un document municipal publié en 2025 recensait plus de 1 200 commerces sur la commune, mais rappelait aussi le poids considérable des grandes surfaces, principalement implantées en périphérie.
La municipalité précédente avait déjà engagé plusieurs outils contre la vacance : droit de préemption commercial dans certains secteurs, observation des locaux vacants, accompagnement de porteurs de projets, réflexion autour de boutiques à l’essai et soutien aux animations commerciales. Le changement de majorité ne part donc pas d’une page blanche.
Pour la nouvelle équipe, l’enjeu sera désormais de montrer ce qu’elle conserve, ce qu’elle abandonne et surtout ce qu’elle ajoute à ces dispositifs.
Car sur ce terrain, les premières décisions du mandat concernent surtout l’accès, la circulation et la sécurité. Elles sont concrètes et certaines sont déjà appliquées. En revanche, une nouvelle stratégie globale permettant de réduire la vacance commerciale, d’agir sur la diversité des enseignes et d’attirer de nouvelles activités n’apparaît pas encore avec la même précision dans les décisions publiques prises depuis mars.
Les prochains mois diront si les clients reviennent réellement
Le centre-ville de Clermont-Ferrand n’a donc pas attendu cinq mois pour changer, mais il est encore trop tôt pour parler de redressement commercial.
La gratuité des trente premières minutes est en place. Plusieurs axes ont été rouverts. D’autres modifications de circulation sont en cours et les moyens de sécurité doivent augmenter. Ce sont autant de réponses aux critiques entendues pendant les municipales.
Reste maintenant l’indicateur qui comptera le plus pour les commerçants : la fréquentation réelle.
À l’automne, puis au moment des achats de fin d’année, les évolutions des flux piétons, de l’occupation des locaux et de l’activité des commerces permettront de juger plus concrètement les premiers effets de cette politique. Le taux de vacance commerciale, qui atteignait 10,3 % en 2025, constituera notamment un chiffre à surveiller lors de sa prochaine actualisation.
Faire revenir une voiture dans le centre est une chose. Faire descendre son conducteur, lui donner envie de marcher plusieurs rues, d’entrer dans des boutiques et de revenir quelques semaines plus tard sera le véritable test pour la nouvelle municipalité.

