Pourquoi Pierre Desproges reste-t-il aussi identifiable, presque quatre décennies après sa disparition ? C’est à cette question que Jean-Michel Djian tente notamment de répondre dans son dernier livre. Plutôt qu’une simple chronologie de la carrière de l’humoriste, l’auteur cherche à restituer un personnage fait de contradictions : provocateur mais amoureux de la littérature, volontiers misanthrope mais profondément attaché à sa famille, capable de passer de la férocité à la mélancolie.
Le public clermontois pourra en discuter directement avec lui ce jeudi au Patio de la librairie Les Volcans, 80 boulevard François-Mitterrand. La rencontre débutera à 17 heures et sera animée par David Ducreux. Elle doit être suivie d’une séance de dédicaces.
1976, l’année où Desproges devient vraiment Desproges
Le livre paraît en 2026 à un moment symbolique. Il y a cinquante ans, en 1976, Pierre Desproges quittait Le Petit Rapporteur, l’émission de Jacques Martin qui l’avait révélé au grand public. C’est ensuite que se construit pleinement la figure restée dans la mémoire collective : celle d’un auteur qui transforme la langue française en arme satirique et s’autorise des textes que peu d’humoristes écriraient de la même manière aujourd’hui.
Sa carrière passera notamment par le Tribunal des flagrants délires sur France Inter et La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède à la télévision. Desproges écrit ses propres textes, travaille chaque formule et multiplie les références littéraires. Jean-Michel Djian le replace ainsi dans une filiation où apparaissent Pierre Dac, Michel Audiard mais aussi Alexandre Vialatte, écrivain et chroniqueur particulièrement lié à l’Auvergne.
Ce rapport presque obsessionnel aux mots constitue l’un des fils du portrait. Desproges, mort en avril 1988 à 48 ans, n’est pas seulement présenté comme un provocateur : Djian insiste aussi sur un homme qui lisait les dictionnaires, recherchait les termes rares et accordait autant d’importance à la construction de ses phrases qu’à la chute humoristique.
Peut-on encore rire comme Desproges aujourd’hui ?
C’est probablement ce qui rend la rencontre particulièrement actuelle. L’humour de Desproges est régulièrement convoqué dans les débats sur la liberté d’expression, le politiquement incorrect ou les limites de la satire.
Mais le résumer à l’idée qu’« avant, on pouvait rire de tout » serait réducteur. Ses textes reposaient largement sur le contexte, le second degré et une maîtrise très précise de la langue. Le personnage était lui-même difficile à enfermer politiquement : le portrait proposé par Jean-Michel Djian joue justement sur ces contradictions, entre tempérament bourgeois et anarchisant, posture réactionnaire et goût de la transgression.
Publié au Cherche Midi au printemps 2026, Desproges, en gros caractère cherche ainsi moins à fabriquer une statue qu’à comprendre pourquoi cet humoriste continue d’être cité, discuté et parfois disputé près de quarante ans après sa mort.
Jean-Michel Djian, journaliste et habitué des portraits
Pour mener ce travail, Jean-Michel Djian s’appuie sur une longue carrière consacrée à la culture et aux grandes figures intellectuelles. Journaliste, écrivain et producteur à France Culture, il a notamment été rédacteur en chef du Monde de l’éducation et a consacré des biographies à Léopold Sédar Senghor et Ahmadou Kourouma.
Il est également documentariste et auteur d’une vingtaine d’ouvrages portant sur des personnalités aussi différentes qu’Arthur Rimbaud, Michel Rocard ou Ernest Renan. Sa passion pour la langue française lui a valu le prix Richelieu en 2023.
La rencontre des Volcans permettra donc autant de parler de Desproges que de la manière dont on écrit aujourd’hui la biographie d’un homme dont les textes ont fini par dépasser leur époque.
Une rencontre gratuite en plein centre de Clermont
Le rendez-vous est fixé ce jeudi 10 septembre de 17 h à 19 h, à la librairie Les Volcans, 80 boulevard François-Mitterrand à Clermont-Ferrand. L’accès est annoncé comme gratuit.
Cette rencontre s’inscrit dans une rentrée culturelle déjà dense dans l’hypercentre. Les Clermontois peuvent notamment découvrir en ce moment l’exposition gratuite et très politique « M A G A – Partie 1 » de Franck Bathier, tandis que la Halle aux Blés s’illumine chaque soir jusqu’au 27 septembre.
Pour les amateurs de littérature et d’humour, la rencontre avec Jean-Michel Djian offre surtout une occasion rare : revenir sur Desproges autrement qu’à travers quelques citations devenues célèbres et tenter de comprendre ce qui, dans son écriture et ses contradictions, continue de le rendre si singulier en 2026.

