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L’État profite de la flambée du prix des carburants

À chaque flambée des carburants, les automobilistes souffrent, mais les recettes de TVA, elles, peuvent progresser mécaniquement.

La rédaction7 septembre 2026
Crédit : Shutterstock
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Les chiffres donnent une autre dimension au débat sur le prix des carburants. En 2025, les Français ont consommé 47,5 milliards de litres de carburants routiers, dont 32 milliards de litres de gazole et 15,6 milliards de litres d’essence. Autrement dit, près de 4 milliards de litres sont vendus chaque mois en France. 

Prenons le gazole. Au 24 août 2026, son prix moyen atteignait 2,231 € le litre. Sur cette somme, 0,607 € correspondent à l’accise sur l’énergie et 0,372 € à la TVA. Au total, 0,979 € par litre, soit 43,9 % du prix, correspondent donc à la fiscalité. Pour le SP95, la proportion atteint même 50,1 %. 

Appliqué, à titre d’illustration, aux 32 milliards de litres de gazole consommés en 2025, un niveau de taxation de 0,979 € représenterait théoriquement plus de 31 milliards d’euros de prélèvements fiscaux sur une année. Ce calcul n’est pas celui des recettes budgétaires réellement encaissées en 2026 — les volumes et les prix varient — mais il donne la mesure des sommes en jeu. Et surtout, la TVA est proportionnelle au prix.

Ainsi, 10 centimes supplémentaires à la pompe génèrent environ 1,67 centime de TVA supplémentaire par litre. Sur 32 milliards de litres de gazole, cela représenterait théoriquement environ 533 millions d’euros supplémentaires si les volumes consommés restaient identiques. Une hausse de 20 centimes porterait cet effet à environ 1,07 milliard d’euros. À 50 centimes, on approche 2,7 milliards. Certes, l’accise, elle, ne grimpe pas avec le prix : elle reste fixe. Et la hausse des prix peut faire diminuer la consommation, ce qui réduit les recettes. Mais l’effet TVA existe bel et bien.

C’est dans ce contexte que le gouvernement met en avant sa prime destinée aux « grands rouleurs » : 100 euros pour les travailleurs modestes parcourant notamment plus de 30 kilomètres aller-retour pour travailler ou plus de 8 000 kilomètres par an. Au 3 septembre, 1,4 million de Français l’avaient demandée, soit potentiellement 140 millions d’euros d’aides si chacun perçoit l’intégralité de la prime. 

Le contraste est saisissant. D’un côté, l’État distribue 100 euros à certains automobilistes. De l’autre, il refuse une baisse générale de la fiscalité sur les carburants, qu’il juge trop coûteuse pour les finances publiques. Le gouvernement assume d’ailleurs officiellement cette stratégie d’« aides ciblées » plutôt qu’une diminution générale des taxes. 

D’où une question politique difficile à éviter : l’aide aux grands rouleurs n’est-elle pas le symbole d’un système qui restitue quelques centaines de millions d’une main, tout en préservant de l’autre plusieurs dizaines de milliards de fiscalité sur les carburants ?

Car Bercy dispose d’une certitude : malgré les prix, des millions de Français doivent continuer à travailler, conduire leurs enfants, rejoindre leur entreprise ou simplement vivre. En zone rurale et périurbaine notamment, se déplacer n’est pas un luxe. Et lorsque le litre flambe, l’automobiliste n’a souvent pas le choix : il paie. La TVA, elle, suit le mouvement.