Ce n’est pas un simple changement de logo. Depuis septembre 2026, Michelin a engagé une nouvelle étape dans la réorganisation de ses activités hors-route, héritées en partie du rachat de Camso en 2018. Le groupe veut clarifier un portefeuille devenu complexe, avec plusieurs marques utilisées selon les marchés, tout en préparant la disparition progressive du nom Camso de certaines activités qu’il conserve.
Le contexte est important. Le 1er septembre 2025, CEAT a finalisé l’acquisition auprès de Michelin des activités Camso liées aux pneus diagonaux et chenilles pour les engins compacts de construction, avec deux usines situées au Sri Lanka. La transaction donne également au groupe indien la propriété mondiale de la marque Camso, dont le transfert complet doit intervenir après une période de licence de trois ans.
Michelin n’a donc pas abandonné l’ensemble du hors-route. Le groupe conserve notamment des activités dans l’agriculture, la manutention et les Powersports, qui regroupent entre autres les motoneiges, quads et véhicules côte-à-côte. C’est précisément sur ces marchés que la nouvelle architecture de marques prend forme.
Dans l’agriculture, Camso va progressivement devenir Michelin
Le changement le plus visible concerne les chenilles et systèmes destinés aux machines agricoles.
À compter de septembre 2026, les chenilles agricoles jusqu’ici commercialisées sous la marque Camso vont progressivement passer sous le nom MICHELIN BIBTRACK. Les systèmes CTS et TTS, utilisés pour convertir certains engins en véhicules à chenilles ou équiper des matériels tractés, adopteront également la marque Michelin, sans changement de leur dénomination technique.
Le choix de « BIBTRACK » n’est pas anodin. Michelin rattache ces produits à ses gammes agricoles historiques comme AGRIBIB, AXIOBIB, YIELDBIB ou EVOBIB. Pour le groupe clermontois, l’objectif est de proposer aux agriculteurs un portefeuille plus facile à identifier : pneus, chenilles et systèmes doivent désormais apparaître plus clairement sous une même bannière.
Pour les clients, le changement doit essentiellement être commercial. Michelin assure qu’il n’entraîne aucune modification des produits, de leurs performances, de leurs standards de qualité ou de leurs procédés de fabrication. Pendant la période de transition, des références portant encore la marque Camso pourront continuer à circuler.
Solideal reste, mais Michelin remplace Camso sur le nom
Dans la manutention, Michelin choisit une solution intermédiaire.
La marque Solideal, bien connue pour ses pneus et roues destinés notamment aux chariots élévateurs et autres matériels industriels, n’est pas supprimée. En revanche, l’appellation « Solideal by Camso » doit devenir « Solideal by MICHELIN ».
Même logique pour l’activité de montage mobile : « Solideal On-Site Service » devient « Solideal On-Site by MICHELIN ». Là encore, Michelin précise que cette évolution n’entraîne pas de modification des caractéristiques des pneus, des services ou des processus industriels.
Cette décision permet au manufacturier de conserver la notoriété de Solideal auprès des professionnels tout en faisant disparaître progressivement la référence à Camso. Elle illustre surtout la stratégie retenue par Michelin : utiliser directement son nom lorsque sa puissance de marque peut renforcer la lisibilité de l’offre, sans effacer systématiquement des appellations déjà installées sur des marchés spécialisés.
Pour les motoneiges et les quads, Camoplast va faire son retour
Le choix est complètement différent dans les Powersports.
Les chenilles et systèmes actuellement commercialisés sous le nom Camso Powersports vont progressivement passer sous la marque Camoplast à partir de novembre 2026. Cette activité concerne notamment les motoneiges, les ATV — les quads — ainsi que les UTV et véhicules côte-à-côte.
Camoplast n’est pas une nouvelle marque créée pour l’occasion. L'entreprise est née en 1982 et s’est notamment développée dans les chenilles de motoneiges avant d’élargir son savoir-faire aux quads, aux véhicules utilitaires, aux engins de construction et aux équipements agricoles. Camoplast et Solideal avaient ensuite été réunis, avant que l’ensemble ne prenne le nom de Camso en 2015.
Michelin choisit donc ici de ressusciter un nom ancien plutôt que d'apposer directement sa propre marque. La raison tient à la forte identité acquise par Camoplast pendant plusieurs décennies auprès des utilisateurs de motoneiges, distributeurs et constructeurs spécialisés.
Pourquoi Michelin fait-il ce changement maintenant ?
La réorganisation est directement liée à la cession réalisée avec CEAT.
Lorsque Michelin a annoncé l’opération fin 2024, le groupe expliquait vouloir concentrer ses activités de construction sur les offres les mieux valorisées technologiquement, notamment les pneus radiaux, et sortir des activités de pneus diagonaux et chenilles pour engins compacts jugées moins rentables. Ces activités représentaient environ 3 % des ventes nettes de son segment regroupant les pneus de spécialité.
La vente a été finalisée le 1er septembre 2025 pour les activités concernées. CEAT a alors repris les deux sites industriels sri-lankais et environ 1 500 salariés, tandis que Michelin a conservé temporairement l’usage de la marque Camso dans le cadre de la transition prévue par l’accord.
La réorganisation annoncée aujourd’hui permet donc aussi à Michelin de donner une identité autonome aux activités hors-route qu’il a décidé de garder. À terme, l’agriculture sera davantage rattachée à Michelin, la manutention à Solideal by MICHELIN et les Powersports à Camoplast, alors que Camso poursuivra son histoire sous le contrôle de CEAT.
Derrière les marques, Michelin veut surtout valoriser ses technologies
Pour le groupe dont le siège mondial reste à Clermont-Ferrand, l’enjeu dépasse le seul marché du pneumatique.
Michelin présente désormais sa stratégie comme celle d’un spécialiste des matériaux composites, notamment à base de polymères. Les chenilles en caoutchouc, systèmes de mobilité hors-route et solutions industrielles entrent pleinement dans cette logique : il s’agit d’exploiter des compétences techniques communes dans différents marchés plutôt que de se limiter au pneu automobile traditionnel.
En agriculture, le groupe met notamment en avant la traction, la répartition des charges et la limitation de la compaction des sols. Dans la manutention, l’enjeu porte sur la durée d’utilisation et les coûts d’exploitation. Dans les Powersports, Michelin choisit au contraire de capitaliser sur une marque historique très identifiée par les utilisateurs.
La nouvelle stratégie ne signifie donc pas la fin de l’héritage Camso chez Michelin. Elle consiste plutôt à le redistribuer : Michelin pour l’agriculture, Solideal by MICHELIN pour la manutention et Camoplast pour les loisirs motorisés, pendant que la marque Camso elle-même poursuit progressivement sa route chez CEAT.

