vendredi 18 septembre 2026
En direct
Accueil/Société/Sécurité à Clermont-Ferrand : la ville est-elle vraiment devenue plus sûre ?
Société

Sécurité à Clermont-Ferrand : la ville est-elle vraiment devenue plus sûre ?

Élu en mars 2026 après avoir placé la sécurité au premier rang de sa campagne, Julien Bony a rapidement lancé plusieurs mesures à Clermont-Ferrand : recrutements de policiers municipaux, armement annoncé, vidéoprotection renforcée et restrictions dans certains secteurs. Mais quelques mois suffisent-ils pour affirmer que la ville est devenue plus sûre ? Les premiers changements sont visibles, les résultats beaucoup moins simples à mesurer.

La rédaction24 août 2026
Sécurité à Clermont-Ferrand : la ville est-elle vraiment devenue plus sûre ?

La sécurité a incontestablement changé de place dans la politique municipale clermontoise depuis les élections de mars. Le 22 mars 2026, Julien Bony et sa liste Le Sursaut Clermontois ont remporté le second tour avec 50,91 % des suffrages exprimés, devant la liste d'Olivier Bianchi, créditée de 45,45 %. Pendant la campagne, le futur maire avait fait du renforcement de la police municipale et de la présence sur le terrain l'un de ses principaux engagements.

Depuis, la nouvelle majorité a commencé à traduire cette orientation dans les faits. Pour autant, répondre aujourd'hui par un simple « oui » à la question de savoir si Clermont-Ferrand est devenue plus sûre serait prématuré. Les dernières statistiques annuelles disponibles portent sur 2025, donc avant l'élection de la nouvelle équipe municipale.

Une police municipale appelée à fortement grossir

Le changement le plus visible concerne les effectifs. La Ville de Clermont-Ferrand affiche actuellement une campagne de recrutement de 16 policiers municipaux et annonce vouloir doubler les effectifs de sa police municipale d'ici 2032. La fiche de recrutement municipale fait état de 75 policiers municipaux et d'une organisation comprenant deux unités de jour ainsi qu'une Brigade de soirée et de proximité.

Cette accélération s'inscrit dans le « bouclier de sécurité » présenté par Julien Bony début juin. L'objectif annoncé est particulièrement ambitieux : parvenir à terme à environ 150 policiers municipaux, soit une centaine de recrutements sur l'ensemble du mandat. Au moment de la présentation du dispositif, la municipalité indiquait toutefois qu'une partie des postes alors ouverts n'était pas encore effectivement pourvue. Autrement dit, annoncer des postes supplémentaires ne signifie pas que tous les agents sont déjà présents dans les rues.

Autre évolution prévue : l'armement des policiers municipaux volontaires. La municipalité vise une mise en œuvre à la fin de l'année 2026 ou au début de 2027, après les formations nécessaires. Le renouvellement des véhicules, la modernisation des équipements et la création à terme d'un nouvel hôtel de police municipale font également partie du plan.

Une aide régionale de 1,55 million d'euros a par ailleurs été annoncée en juin pour accompagner une partie des investissements liés notamment à la vidéoprotection, à l'équipement de la police municipale et à la sécurisation des écoles.

Une présence étendue, mais pas encore une police municipale 24 heures sur 24

La présence municipale a également été étendue. Clermont-Ferrand dispose désormais d'une organisation de la police municipale sept jours sur sept. Les horaires actuellement communiqués par la Ville montrent toutefois que le service municipal n'est pas présent en continu 24 heures sur 24 : l'accueil téléphonique fonctionne jusqu'à 19h15 les lundis et mardis, jusqu'à 0h45 du mercredi au samedi et de 9h15 à 16h45 le dimanche.

Il faut également rappeler que cette évolution n'est pas entièrement née après l'élection de mars. Avant le changement de majorité, la Ville travaillait déjà à une organisation de la police municipale sept jours sur sept et disposait depuis 2022 d'une Brigade de soirée et de proximité. Le nouveau mandat accélère donc une montée en puissance déjà engagée, tout en modifiant fortement son ampleur et certaines de ses orientations, notamment sur l'armement.

Vidéoprotection : un réseau déjà important qui doit encore s'étendre

La vidéoprotection constitue un autre pilier de la nouvelle politique municipale. Le site de la Ville indique actuellement que plus de 300 caméras sont réparties à Clermont-Ferrand et dans les zones d'activités économiques de la métropole. Le Centre de supervision urbain fonctionne sept jours sur sept de 9 heures à 1 heure du matin, tandis que les images sont également transmises à la Police nationale pendant la nuit.

Là encore, une grande partie du dispositif existait avant mars 2026. Les précédentes municipalités avaient développé le Centre de supervision urbain, les caméras sur l'espace public et plusieurs dispositifs de coopération avec les forces de l'État.

La nouvelle majorité entend désormais aller plus loin. Son « bouclier de sécurité » prévoit une modernisation des outils de supervision, de nouvelles caméras et la création à terme d'un CSU fonctionnant 24 heures sur 24. Ces équipements devront donc être distingués, dans les prochains bilans, de ceux qui étaient déjà opérationnels avant l'arrivée de Julien Bony.

Fontgiève, Gaillard, Charras : des restrictions déjà appliquées

Les premières semaines du mandat ont aussi donné lieu à des mesures très concrètes dans plusieurs secteurs confrontés aux nuisances et aux troubles à l'ordre public.

Les actes municipaux publiés en 2026 mentionnent notamment le renforcement des restrictions concernant la vente et la consommation d'alcool dans les secteurs de Fontgiève et Charras, ainsi qu'une interdiction de regroupement dans le secteur Gaillard et des dispositions concernant le protoxyde d'azote.

Début juin, la Ville et la préfecture ont également annoncé la fermeture à partir de 22 heures de certaines épiceries de nuit dans les secteurs Fontgiève, Gaillard, Sainte-Claire et autour de l'avenue Charras, accompagnée de restrictions sur la vente d'alcool à emporter à partir de 20 heures. Ces décisions s'inscrivent dans le dispositif « Clermont-Ferrand, ville de sécurité renforcée » et dans la lutte contre les trafics et les troubles nocturnes.

Ces mesures ont un effet immédiat sur l'organisation de certains quartiers. Leur impact réel sur les agressions, trafics ou nuisances devra toutefois être mesuré dans la durée.

Les chiffres se sont améliorés sur plusieurs indicateurs… avant l'élection

C'est là que la question « Clermont est-elle devenue plus sûre ? » se complique.

Les statistiques 2025 du ministère de l'Intérieur montrent déjà une amélioration sur plusieurs catégories de délinquance à Clermont-Ferrand. Les cambriolages de logements sont ainsi passés de 736 en 2024 à 649 en 2025. Les vols de véhicules ont reculé de 366 à 241, tandis que les violences physiques hors cadre familial sont passées de 687 à 627 faits.

Mais d'autres indicateurs sont orientés à la hausse. Les violences sexuelles enregistrées sont passées de 317 à 345 faits et les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement de 827 à 1 030. Les faits enregistrés liés à l'usage de stupéfiants ont eux aussi fortement progressé, une évolution qui doit être interprétée avec prudence puisqu'elle dépend également de l'intensité des contrôles et de l'activité policière.

Surtout, aucune de ces évolutions ne peut être attribuée à la nouvelle municipalité : elles concernent l'année 2025, plusieurs mois avant l'élection de Julien Bony.

À l'échelle du Puy-de-Dôme, l'État faisait par ailleurs état pour 2025 d'une délinquance globale en progression de 4 %, tout en constatant des baisses sur les cambriolages, les vols violents et certaines violences physiques. Plus de 400 opérations contre les trafics de stupéfiants avaient été conduites à Clermont-Ferrand durant cette année-là.

Trop tôt pour parler d'un véritable « effet Bony »

Les moyens changent donc rapidement à Clermont-Ferrand. Des recrutements sont ouverts, l'armement de certains policiers municipaux est programmé, la vidéoprotection doit être développée et plusieurs mesures ciblées sont déjà appliquées dans les secteurs considérés comme sensibles.

Mais le déploiement de moyens supplémentaires et la baisse effective de la délinquance sont deux choses différentes.

Les événements violents survenus dans la ville à la fin du mois de mai et au début du mois de juin, notamment à l'occasion de rassemblements liés au football, ont d'ailleurs rappelé que des épisodes de violences urbaines peuvent toujours se produire malgré le renforcement des dispositifs. Ils avaient conduit la préfecture et la mairie à prendre des mesures spécifiques pour sécuriser les rassemblements pendant la Coupe du monde.

À la fin de l'été 2026, le constat est donc plus nuancé qu'un simple « Clermont est plus sûre ». La nouvelle municipalité a commencé à appliquer une politique de sécurité beaucoup plus offensive, mais il est encore trop tôt pour en mesurer l'effet sur la délinquance.

Les données communales portant sur l'ensemble de l'année 2026 constitueront un premier indicateur solide. Il faudra alors comparer, catégorie par catégorie, les cambriolages, vols, violences et atteintes aux biens avec les années précédentes. Les effectifs réellement recrutés, les horaires de présence sur le terrain et la mise en service des nouveaux équipements permettront également de mesurer l'écart entre les annonces du début de mandat et leur application.