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Rue de l’Oradou rouverte aux voitures : Julien Bony face au premier vrai test de sa politique de mobilité

Depuis le 21 août, les voitures peuvent de nouveau circuler dans les deux sens sur une grande partie de la rue de l’Oradou à Clermont-Ferrand. La nouvelle majorité assume ce choix, présenté comme un rééquilibrage du plan de circulation après InspiRe. Mais les premières critiques des associations cyclistes et de sécurité routière placent déjà Julien Bony face à une question centrale : comment rendre de la place à la voiture sans dégrader la sécurité des autres usagers ?

La rédaction27 août 2026
Rue de l’Oradou rouverte aux voitures : Julien Bony face au premier vrai test de sa politique de mobilité

C’était une promesse de campagne de Julien Bony. Elle est désormais visible sur le bitume. Depuis vendredi 21 août, la Ville de Clermont-Ferrand a engagé la deuxième phase de modification de son plan de circulation en rouvrant la rue de l’Oradou aux voitures dans les deux sens sur une grande partie de son tracé. La décision intervient après les premières réouvertures réalisées en juin sur les avenues Raymond-Bergougnan, Carnot et de la Libération.

La réouverture n’est toutefois pas totale. Entre le boulevard Fleury et la rue de la Pradelle, devant le secteur de l’école Paul-Bert, le tronçon reste réservé aux bus dans les deux sens. Pour rejoindre le centre-ville, la municipalité conseille d’ailleurs aux automobilistes de privilégier la rue Fernand-Raynaud afin d’éviter la rue de la Pradelle.

Sur le plan politique, l’Oradou devient surtout un premier laboratoire grandeur nature de la nouvelle doctrine municipale en matière de mobilité. Pendant la campagne, Julien Bony avait largement critiqué le plan de circulation issu du projet InspiRe. Cinq mois après son élection, il commence désormais à modifier concrètement certains des choix de l’ancienne majorité.

Après deux réunions avec les riverains, la Ville choisit de rouvrir l’axe

La décision n’a pas été prise immédiatement après les municipales. La Ville indique avoir organisé, avec le SMTC, deux temps d’échanges avec les riverains les 1er et 2 juillet 2026 afin de recueillir leurs observations sur le fonctionnement de la rue et les modifications possibles.

À l’issue de cette consultation, Julien Bony a décidé de rétablir la circulation automobile dans les deux sens à partir du 21 août. La signalisation doit être progressivement adaptée à cette nouvelle organisation.

Pour la majorité, le raisonnement est simple : les aménagements précédents avaient accordé une place jugée trop importante aux transports collectifs au détriment de la circulation automobile. Julien Bony estime que la performance de la ligne C ne devrait être que légèrement affectée, notamment parce que le principal raccordement avec le tram-bus reste aménagé en site propre.

La rue de l’Oradou devient ainsi l’un des premiers endroits où les Clermontois pourront comparer concrètement deux conceptions différentes de la mobilité : celle développée avec InspiRe sous Olivier Bianchi et celle que veut désormais mettre en œuvre la nouvelle majorité.

Le premier sujet de crispation concerne déjà la vitesse

À peine la circulation rouverte, une question s’impose : à quelle vitesse voitures, vélos, bus et piétons peuvent-ils réellement cohabiter sur cet axe ?

La rue est actuellement limitée à 50 km/h, selon les informations relevées sur place par les médias locaux. Lors de la réouverture, une riveraine a directement interpellé Julien Bony sur la vitesse de certains véhicules. Le maire a répondu que la municipalité serait particulièrement vigilante et que des ralentisseurs pourraient être envisagés en cas de besoin.

La Ligue contre la violence routière du Puy-de-Dôme demande déjà d’aller plus loin et de ramener la limitation à 30 km/h. L’association estime qu’une rue désormais partagée avec davantage de voitures ne peut conserver sans débat une vitesse maximale de 50 km/h, particulièrement au regard de la présence des cyclistes et des piétons.

La question pourrait rapidement devenir le premier arbitrage concret imposé à la nouvelle majorité : rouvrir une rue aux voitures était une promesse politique ; déterminer les conditions de cette réouverture relève désormais de la gestion quotidienne de la sécurité routière.

Vélo-Cité 63 redoute un retour en arrière pour les cyclistes

La contestation la plus structurée vient de Vélo-Cité 63.

L’association avance des comptages réalisés après les précédents aménagements : 220 passages de véhicules motorisés par heure, 120 cyclistes et 60 piétons. Selon elle, cela correspondait à une forte baisse du trafic automobile et à une augmentation très importante de la pratique cyclable et de la marche. Ces chiffres sont ceux communiqués par l’association et ne constituent pas, à ce stade, un comptage indépendant publié par la Ville ou la Métropole.

Vélo-Cité 63 craint désormais que la réouverture à la circulation automobile remette en cause cet équilibre et pose surtout la question de la protection des cyclistes.

L’association invoque également l’article L228-2 du Code de l’environnement, qui prévoit la réalisation d’itinéraires cyclables lors de la création ou de la rénovation de voies urbaines. Lorsque la voirie accueille un transport collectif en site propre et que l’espace disponible ne permet pas de créer un aménagement séparé, les cyclistes peuvent notamment être autorisés à utiliser cette voie sous certaines conditions de sécurité.

Vélo-Cité considère que la nouvelle configuration doit être examinée au regard de cette obligation. Cela ne permet toutefois pas d’affirmer à ce stade que la rue de l’Oradou est juridiquement « hors la loi » : l’application précise du texte à la modification décidée cet été nécessiterait une analyse juridique des aménagements et des arrêtés concernés.

Un test aussi pour la ligne C d’InspiRe

La réouverture devra également être jugée à l’aune des transports en commun.

La rue de l’Oradou constitue un axe important pour la ligne C, l’une des deux lignes de tram-bus à haut niveau de service créées dans le cadre d’InspiRe. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si les automobilistes circuleront plus facilement : il faudra également observer si la régularité et les temps de parcours des bus restent satisfaisants lorsque le trafic retrouvera son niveau de rentrée.

C’est probablement à partir de septembre que le véritable test commencera. La rue a rouvert le 21 août, en période estivale, alors que le trafic automobile et les déplacements scolaires restent inférieurs à ceux observés pendant l’année.

La rentrée des écoles, le retour des étudiants et la reprise complète de l’activité économique vont progressivement augmenter le nombre de déplacements. Ce sera alors beaucoup plus facile de mesurer les effets de la nouvelle organisation sur les bouchons, les bus, les cyclistes et les rues voisines.

Après l’Oradou, Jaude et la ZTL sont déjà dans toutes les têtes

L’importance politique de cette réouverture dépasse largement la rue de l’Oradou.

La nouvelle majorité avait commencé dès le 9 juin à rouvrir partiellement aux voitures plusieurs axes modifiés au cours des années précédentes. Raymond-Bergougnan, Carnot et l’avenue de la Libération constituaient la première phase. L’Oradou est désormais la deuxième.

Pendant la campagne, Julien Bony avait aussi annoncé son intention de revenir sur d’autres éléments emblématiques du plan de circulation, notamment dans le centre-ville. La zone à trafic limité et la circulation autour de Jaude constituent donc les prochains dossiers particulièrement surveillés.

C’est ce qui fait de l’Oradou un test beaucoup plus important qu’une simple modification de panneaux. Si la circulation automobile devient plus fluide sans dégrader les performances de la ligne C ni la sécurité des cyclistes et des piétons, la municipalité pourra défendre sa méthode avant d’autres changements. Si, au contraire, les bouchons réapparaissent, que les bus ralentissent ou que les situations dangereuses se multiplient, l’opposition aux prochaines réouvertures disposera d’un précédent concret.

À compter de septembre, plusieurs indicateurs permettront de sortir du débat purement politique : vitesse réellement pratiquée, fréquentation cyclable, évolution du trafic automobile, temps de parcours de la ligne C et éventuels accidents ou incidents.

La rue de l’Oradou entre donc dans une période d’observation. La promesse de campagne est réalisée ; reste maintenant à déterminer si elle améliore réellement les déplacements quotidiens des Clermontois.